• Ateliers Municipaux

Bois, Terre, Terriens.

MOA : Commune de Ouville-La-Rivière (76)
Construction neuve
Surface : 150 m²
Montant des travaux : 464 200 euros hors taxes
Livraison avril 2025

Crédit photo : Guillaume Guérin
Crédit photo : Guillaume Guérin
Crédit photo : Guillaume Guérin
Crédit photo : Guillaume Guérin
Crédit photo : Guillaume Guérin
Crédit photo : Guillaume Guérin
Crédit photo : Guillaume Guérin
Crédit photo : Atelier Cosme Architecture
Crédit photo : Atelier Cosme Architecture
Crédit photo : Atelier Cosme Architecture
Crédit photo : Loïc Paillard
Crédit photo : Atelier Cosme Architecture
Crédit photo : Atelier Cosme Architecture
Crédit photo : Atelier Cosme Architecture
Crédit photo : Atelier Cosme Architecture



Ouville-La-Rivière, 452 habitants. Le village s’est construit en fond de vallée de part et d’autre de la Saâne. Les maisons ouvillaises portent les siècles et les millénaires de leur paysage : le sol leur a livré les silex blancs, argentés ou noirs ; on y a puisé l’argile pour la cuire dans les briqueteries alentours, ou pour la mélanger, crue, à la paille récoltée dans les champs et ainsi torcher les colombages… eux-mêmes issus des chênes du plateau de Caux.

Dès notre première rencontre nous constatons combien le Maire et son équipe, à leur échelle, empreints de ce puissant et fragile héritage, souhaitent porter le village dans le XXIe siècle en toute continuité : ils agissent pour que ce soit le sol du village qui nourrisse les enfants de la cantine, pour laisser place à la nuit en éteignant les rues. Ils cherchent comment faire se rencontrer les villageois, les associer à leur territoire : ils créent un tiers-lieu (un vrai), plantent un verger et ouvrent un poulailler communal, creusent une mare. Ils déprogramment le mitage urbain du coteau pour le préserver… Ils honorent la définition de l’habiter.

Au lancement du projet des Ateliers Municipaux, le Maire dépasse la simple commande fonctionnelle et nous demande d’ouvrir des pistes de réflexions sur l’acte de construire au XXIe siècle, ici, à Ouville-La-Rivière.

Considérons le programme.

Des Ateliers Municipaux ? Le projet manifeste que les cantonniers sont parmi les gardiens de ce précieux paysage ; que leur tâche est noble, et majeure ; que leur place est au cœur du village, dans un édifice soigné, qui participe pleinement à l’estime des lieux. Nous proposons que les Ateliers ouvrent aussi un petit espace public, sous la forme d’un porche qui mette en scène l’accès au jardin de la mairie et cadre le coteau de la vallée. Le porche sera un abri pour les temps festifs du village. Nous inviterons les habitants à construire eux-mêmes ce nouveau lieu.Considérons la matière du projet.


Choisir les matériaux parce qu’ils font sens : l’argile et le bois, dès que possible. Parce qu’ils sont beaux, parce qu’ils sont sur place ou si peu loin, parce qu’ils parlent autant de l’ancrage de l’édifice dans cette vallée ancestrale que d’un futur soutenable.

Considérons le vivre-ensemble.

Ouvrir le chantier aux habitants pour l’inscrire dans la mémoire collective du village, pour créer un temps de rencontre, de transmission des savoir-faire, pour laisser place, aussi, à l’inattendu.

L’édifice est travaillé comme une longère, un volume simple coiffé d’une toiture à fortes pentes. Les pans de façade sont en brique blanche. Un premier volume abrite les vestiaires des cantonniers, un second accueille garage, atelier de menuiserie et celliers. Les fenêtres des vestiaires et celles de l’atelier sont protégées des regards par des moucharabiehs de briques, qui habillent les façades tout en les sécurisant. Entre les deux volumes de terre cuite, les pans de mur se plient pour percer le porche. La terre ici devient crue. Elle provient des fouilles de fondation, est mélangée à de la paille des champs alentours, pour devenir torchis. Elle va s’accrocher sur des lattes de châtaignier débitées par le Lycée du Bois de la région. Le torchis, à l’abri de la pluie, sera volontairement non enduit, pour exposer le travail de la main, pour apprécier la couleur naturelle de la terre, ses fissures, le bas-relief des brins de paille qui la maintiennent entre les colombes. De la même façon, tous les bois seront laissés bruts. Les tuiles en couvertures griseront, et déjà le travail de la pluie et du temps les fait danser ; nous nous surprenons tous sur le chantier à nous sentir absorbés par la vibrance et la douceur de cette couverture. A l’égout les grands pans sont libérés de leur gouttière, pour que seules les tuiles de bois dessinent la ligne de toiture, au plus près de nos yeux. Les charpentiers réaliseront avec finesse et patience la sous-face de planches, faussement géométriquement simple, qui épouse les pans coupés de façade.

La part d’inattendu.

Le torchis sera donc préparé et appliqué par ceux qui le souhaiteront. Toutes les entreprises se sont mobilisées pour offrir les meilleures conditions d’accueil aux participants. Encadrés par Jan Minn, un des rares maçons spécialistes de la terre, les enfants de l’école, des habitants, des artisans en apprentissage, viendront construire, eux-aussi.

Et tout à coup les Ateliers Municipaux ne sont plus seulement des vestiaires et un garage.

Pour Anna, c’est un grand souvenir partagé avec sa fille adolescente ; Pour les compagnons des entreprises en présence, c’est la joie de retrouver l’esprit de partage et de solidarité des chantiers (avec quel émotion avons-nous reçu de Philippe, artisan-couvreur, son éloquente farandole de cuivre ). Pour J.P., les Ateliers sont sa première sortie après de longs mois de chimio, une journée de renaissance. Pour Yannick, c’est un banal et sympathique chantier de plus pour se former ; Pour les enfants de l’école, c’est de la boue dégoûtante impossible à toucher ou une pâte géante si drôle à patouiller, au choix.

Pour chacun, c’est le constat, pourtant vieux comme le monde, mais toujours aussi fascinant, qu’un mur peut être monté en ramassant la terre sous ses pieds. C’est le sentiment et l’espoir, aussi, d’avoir, un peu, œuvré dans le bon sens.

Chantier :

VRD – Gros-œuvre – carrelage : RBA et Thomas Tp

Couverture bois : groupe AVI

Charpente et colombage : Charpente Callais

Torchis  : Six Pieds Sur Terre

Electricité – chauffage : Scae

Peinture : Lamy-Lecomte

Chantier Participatif :

Encadrement : Six Pieds Sur Terre

Encadrement administratif : ARPE – Association Régional pour la Promotion des Eco-matériaux https://arpenormandie.org/