• Salle polyvalente

La fête dans le Pays de Caux

MOA : Commune de Rouville (76)
Construction neuve
Surface de plancher : 485 m²
Montant des travaux : 1 035 000 euros hors taxes
Livraison juillet 2017

Salle polyvalente, Seine-Maritime, Normandie. Atelier Cosme Architecture. Architecture bois. Vue 1
Salle polyvalente, Seine-Maritime, Normandie. Atelier Cosme Architecture. Architecture bois. Vue 2
Salle polyvalente, Seine-Maritime, Normandie. Atelier Cosme Architecture. Architecture bois. Vue 3
Salle polyvalente, Seine-Maritime, Normandie. Atelier Cosme Architecture. Architecture bois. Vue 4
Salle polyvalente, Seine-Maritime, Normandie. Atelier Cosme Architecture. Détail de l'espace d'entrée bois
Salle polyvalente, Seine-Maritime, Normandie. Atelier Cosme Architecture. Vue intérieure et cloison amovible
Salle polyvalente par Atelier Cosme Architecture. Les baies cadrent la vue sur la campagne. Vue intérieure 2
Salle polyvalente, Seine-Maritime, Normandie. Atelier Cosme Architecture. Architecture bois. Vue 6


Une salle polyvalente. C’est un des programmes les plus difficiles à satisfaire, il doit répondre à une multitude de besoins, d’usagers, et de temporalités. Trop souvent, pour répondre à cette pluralité d’usage, les salles restent neutres et deviennent des boîtes désincarnées. Elles accueillent pourtant les événements forts et marquants, comme les mariages, les anniversaires ; elles rythment la vie collective du village, depuis la cantine scolaire, les réunions des Anciens, jusqu’aux fêtes des associations…

Celle-ci est à Rouville.

La structure du village est, comme nombre de ses communes voisines du Pays de Caux,centrée sur l’église et la mairie. Bâtisses anciennes cauchoises de briques et de silex se mêlent à un tissu pavillonnaire récent et peu dense. La parcelle de la salle polyvalente est située à la frange du centre-bourg et ouvre sur les champs de céréales. Au loin, on aperçoit les immenses hangars agricoles.

Où fait-on la fête ici ?

Chacun en pays de Caux a fait l’expérience d’une fête dans la grange, d’un repas organisé sous la charretterie pour éviter la « fraîche » qui tombe vite le soir… Emma Bovary elle-même célèbrera ses noces normandes sous une charretterie. C’est ce vécu partagé que l’architecture de la salle va chercher à évoquer par son architecture.

L’architecture proposée est une synthèse entre l’échelle domestique du bourg et les immenses silhouettes des bâtiments agricoles voisins. La volumétrie est franche. L’asymétrie des toitures dont l’inclinaison des pans est directement induite par les espaces intérieurs rappelle celle des hangars de stockage de céréales.

Les sols étant très humides en Normandie, les maisons cauchoises présentent traditionnellement un soubassement de silex surmonté d’un mur en pan de bois, tandis que les hangars se hissent généralement sur une assise de parpaings ; ici, la salle dresse une façade principale de bois à clairevoie montée sur une assise de béton lisse.

Le bois grisera,

comme il grise ailleurs dans les champs.

Nous avons beaucoup échangé avec l’équipe municipale et avons finalement choisi de laisser le bois faire évoluer naturellement sa teinte. La façade secondaire enrichira ces jeux de nuances naturelles par une végétation grimpant le long de filins métalliques. Les deux autres façades à l’arrière restent brutes, et révèlent le système constructif de panneaux de béton préfabriqués. La toiture, en bac acier, couvre l’ensemble.

A l’intérieur, le budget contraint à un sol carrelé plutôt que parqueté. On réchauffe alors les lieux grâce à une teinte murale d’un violet très foncé : nous proposons une couleur dense et profonde sur le mur principal et sur la cloison mobile divisant la salle en deux. La couleur habille, enveloppe, elle est primordiale. Plus elle est sombre, plus elle s’accommodera de la diversité des usages. Les larges baies vitrées ouvrant la salle sur trois façades autorisent cette teinte, et, vu de la salle, le vert du champ de maïs adjacent en sera par contraste d’autant plus éclatant.

« C’était sous le hangar de la charretterie que la table était dressée. […]
         Le cidre doux en bouteilles poussait sa mousse épaisse autour des bouchons et tous les verres, d’avance, avaient été remplis de vin jusqu’au bord. […]On avait été chercher un pâtissier à Yvetot pour les tourtes et les nougats. Comme il débutait dans le pays, il avait soigné les choses ; et il apporta, lui-même, au dessert, une pièce montée qui fit pousser des cris. […]
         Jusqu’au soir, on mangea. Quand on était trop fatigué d’être assis, on allait se promener dans les cours ou jouer une partie de bouchon dans la grange, puis on revenait à table. »

Madame Bovary, Gustave Flaubert, 1857.